Dripping

 pour flûte basse transformée en temps réel par Syter et bande magnétique

*1989 *

Durée 21'

Commande Ina-GRM

Création par Patrice Boquillon à la Maison de la Radio le 5 janvier 1990

 Cette pièce est écrite sous forme de duo, la flûte basse jouée en direct avec des traitements Syter en direct, et la bande. Celle-ci n'étant qu'une deuxième partie contenant différentes flûtes ( en ut et piccolo ) traitées sur Syter et enregistrées, mais qui pourraient être jouées simultanément par un autre instrumentiste avec un autre Syter. Il n'y a pas d'autres sons que ceux de la flûte et ceux générés pas Syter.

C'est pourquoi la partition se présente comme un duo avec la flûte en direct et une écriture instrumentale pour la bande.

Les traitements Syter sont indiqués dans un rectangle au dessus de la portée (RINGFOST) et l'écran d'interpolation de Syter permet de varier le jeu en direct entre différents paramètres ; ceci est indiqué sous cette forme : B8 --- B6 . Tous ces paramètres sont mémorisés et accessibles immédiatement.

Le dripping est la technique picturale utilisée par Jackson Pollock, mais aussi par Max Ernst et Hans Hofmann dès 1940, qui consiste à laisser dégoutter (to drip) puis couler un liquide plus ou moins fluide (encre, peinture) sur une surface plane, créant ainsi un réseau de lignes par rapport à un espace.

Ce procédé pouvait parfaitement convenir pour traiter un instrument monodique comme la flûte par rapport à l'espace créé grâce aux traitements sur Syter. Le parallèle pouvait se compléter par la technique instrumentale, en particulier le "Tongue-ram" sorte d'impact du son sur la surface du silence, duquel pourrait "couler" une ligne mélodique.

La "ligne" joue donc un double rôle: elle décrit des figures qui peuvent parfois se dissoudre ou émerger brutalement en surface, mais aussi se déploie en un réseau où les intersections forment des articulations d'accents, d'incidents, de rencontres.

Les traitements de Syter m'ont permis de sortir de l'aspect linéaire d'un instrument monodique, en générant dans un large espace: des masses, des reflets, des halos, des coloris, mais toujours en relation avec l'impact et la ligne.

"Drawing into painting": l'écran frontal des lignes mélodiques débouche parfois sur un plan intermédiaire ou sur un espace dilaté ou infini, grâce a des interstices de temps et des ruptures du réseau.

Pollock dans certaines oeuvres faisait couler le trait sur une peinture encore fraîche afin de fondre plus intimement celui-ci avec la matière. Le son en direct de la flûte qui se prolonge dans une transformation spatiale ou temporelle ou spectrale participe de cette même démarche de transparence et de fusion de l'objet et de la matière, de la surface et du fond.

CD Octandre N°1

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